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Microalgues. La ferme de Plouguenast attend le feu vert

 

Article publié sur Le Telegramme, le 09 mai 2019 par Frédérique Le Gall,


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Cultiver des microalgues pour l’alimentation animale et humaine grâce à l’énergie issue du lisier méthanisé : c’est l’ambitieux projet de l’entreprise LDC Algae, basée à Plouguenast (22). Mais il lui manque encore un agrément sanitaire.

Elle a pour nom chlorella vulgaris. C’est une algue microscopique unicellulaire d’eau douce, utilisée dans la cosmétique, la pharmacie ainsi que dans l’alimentation humaine et animale. « C’est un concentré de vitamines d’acides aminés. Un vrai bijou de la nature. Celle que nous produisons est vivante et fraîche. Elle n’est pas déshydratée ce qui donne de meilleurs résultats. Par exemple, la chlorelle injectée dans l’abreuvoir de poules pondeuses augmente la courbe de ponte et diminue les mortalités », assure René-Jean Guillard fondateur de LDC Algae.


Les algues dans les bioréacteurs . (Photo Claude Prigent )

Après cinq années d’essais dans son centre de recherche et développement installé dans la commune voisine de Trévé, l’entreprise costarmoricaine entre dans sa phase industrielle sur le site de Plouguenast. Environ 500 tonnes de chlorelles devraient être produites dans l’année dans ses photobioréacteurs, une sorte de grands tubes, pour arriver d’ici trois ans à une production annuelle de 7 800 tonnes. Greenfeed, Greenbloom ou Greencrops…

LDC Algae propose déjà toute une gamme de produits sous trois marques et notamment une boisson énergisante pour la consommation humaine.


Green Bloom est une boisson innovante à base de chlorelle. (Photo Claude Prigent)

Une alternative de l’huile de palme

L’idée de s’intéresser à cette microalgue et de concevoir cette ferme géante a germé dans la tête de ce chef d’entreprise, installé en Asie, lorsque L’Oréal, l’un de ses clients lui a demandé un jour de trouver une alternative à l’huile de palme dans la cosmétique. Ce fils de maraîchers nantais planche alors sur la chlorelle, cogite sur les process et dépose des brevets. Il s’associe avec son frère, un spécialiste du lombric qui travaille au Mexique et finit par décider en 2012 de s’installer au cœur de la Bretagne. Pourquoi la Bretagne ? Parce que la région dispose d’une ressource indispensable à la réalisation de son projet : les effluents d’élevage. « Une solution globale et vertueuse était notre prérequis » souligne René-Jean Guillard.

 

Un élevage de lombrics


Ainsi pour approvisionner la ferme en chaleur et électricité, un méthaniseur est alimenté par les lisiers d’une cinquantaine d’élevages (160 000 tonnes par an) et les déchets verts de la communauté de communes de Loudéac. Le gaz carbonique produit sur le site est capté et consommé par les microalgues. Pour parvenir au zéro déchet, le résidu solide du digestat, issu de la méthanisation, sert de base à la fabrication d’un lombricompost. Ainsi sur les 32 hectares de la ferme, 5 hectares sont mis à profit pour élever des vers qui transforment le digestat en humus. « Notre installation apporte aux éleveurs une économie de 5 000 hectares de terres d’épandage. Par ailleurs, nous serons en mesure de produire en volume d’humus de quoi fertiliser 55 000 hectares de culture de mais et ce faisant de quoi régénérer le sol à grande échelle ».


Cinq hectares sont mis à profit pour élever des vers qui transforment le digestat en humus (Photo Claude Prigent)

Mais la ferme de Plouguenast n’est pas encore arrivée à ce stade. Elle produit pour l’instant ses microalgues avec les énergies fossiles classiques. Pas un seul gramme de lisier n’a encore été livré à la station de méthanisation. Le dossier a pris du retard. La ferme a été contestée en justice par l’association Eau et rivières au nom de la défense des zones humides.

LDC Algae a fini par décrocher l’ensemble des autorisations d’exploitation mais à présent il lui manque juste un agrément sanitaire de la DDPP (Direction départementale de protection des populations). En attendant le feu vert, la ferme emploie une vingtaine de salariés ainsi que des intérimaires. À terme une quarantaine d’emplois sont prévus. Le projet qui porte sur un investissement de 32 millions n’a reçu pour l’instant aucun fonds public « 10 millions d’euros ont déjà été investis uniquement sur des fonds privés. » fait remarquer René- Jean Guillard.


Le centre de recherche et développement de LDC Algae est installé dans la commune de Trévé, voisine de Plouguenast. (Photo Claude Prigent)


 

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